EN AMI, PASSÉ EN REVUE PAR AMAURY DA CUNHA EN LE MONDE


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Le roman du poète américain Forrest Gander, En ami, fait partie de ces textes très courts qui ont une étrange faculté d’expansion : ils continuent à se développer en nous bien longtemps après leur lecture. Trouver une raison à ce phénomène serait aussi difficile et absurde que d’expliquer un charme. En 120 pages, à partir du récit de la vie et de la mort d’un personnage, on traverse des voix et des corps.

Lester n’est plus de ce monde. Géomètre et poèt, il a profondément marqué son entouràge. Celui-ci le lui rend bien. Il y a d’abord Clay, l’ami de chantier dont la voix cherche à percer le mystère de cette fascination-- hélas non réciproque. “Mais je n’avais rien à offrir à un étre comme lui. Mon adoration était sans valeur.”

On lit ensuite la confession d’une femme meurtrie par sa disparition. Elle s’appelle Sarah et ses phrases sont de courtes déclarations dans l’ombre et la lumière. “Chaque jour, ta morte se tisse en faits, et chaque nuit je défais les nœuds.” Enfin, on accède aux mots de celui qui n’est plus. Intimité d’une parole toujours tournée vers le dehors, phrases testamentaires écrites pour toucher l’espérance. “S’approcher de l’autre et du monde avec toute la vulnérabilité qu’on est capable d’endurer.” Et c’est bien ce qui perdure après la fermeture du livre : un frémissant désir d’ouverture.